Les Rohingyas vont témoigner pour la première fois dans le cadre de l’enquête de l’armée birmane

YANGON : Les réfugiés rohingyas expulsés du Myanmar dans le cadre d’une répression sanglante doivent témoigner devant le tribunal pour la première fois mardi pour demander une enquête judiciaire complète sur les allégations de crimes de guerre commis contre eux.
Une campagne militaire au Myanmar en 2017 aurait fait des milliers de morts et forcé quelque 750 000 membres de la minorité musulmane à fuir vers des camps de réfugiés au Bangladesh, faisant état de viols, de meurtres et d’incendies criminels.
Les témoins témoigneront à distance devant un tribunal argentin, qui envisage d’invoquer le principe de « compétence universelle » pour porter plainte contre les dirigeants du Myanmar pour génocide et crimes contre l’humanité.
La prémisse légale soutient que certains actes – y compris les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité – sont si horribles qu’ils ne sont pas spécifiques à une nation et peuvent être jugés n’importe où.
Les tribunaux argentins ont saisi d’autres affaires de compétence universelle dans le passé, notamment en relation avec le régime de l’ex-dictateur Francisco Franco en Espagne et le mouvement Falun Gong en Chine.
Des procédures contre le Myanmar et ses dirigeants sont déjà en cours devant la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice de l’ONU.
Mais l’audience de mardi « sera la première fois (…) que les Rohingyas auront l’opportunité de raconter à un tribunal toutes les atrocités qu’ils ont subies », a déclaré à l’AFP l’ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le Myanmar, Tomas Ojea.
Cinq survivantes de violences sexuelles témoigneront devant la Cour d’appel pénale fédérale de Buenos Aires à distance des camps de réfugiés au Bangladesh, selon le groupe activiste Burmese Rohingya Organization UK.
« Pendant des décennies, l’armée birmane a tenté en toute impunité d’éliminer les Rohingyas en tant que peuple », a déclaré Tun Khin, président du groupe, qui a demandé au gouvernement argentin d’ouvrir le dossier.
« Avec le Myanmar à la fois réticent et incapable d’enquêter sur lui-même – surtout depuis le coup d’État – la communauté internationale doit intervenir et soutenir tous les efforts de justice. »
Le Myanmar nie avoir commis un génocide, justifiant les opérations de 2017 comme un moyen d’extirper les militants rohingyas.
Le public birman était en grande partie insensible au sort des Rohingyas, tandis que les militants et les journalistes qui couvraient les problèmes ont été victimes d’abus au vitriol en ligne.
Après que l’armée ait été accusée de génocide, la dirigeante civile Aung San Suu Kyi s’est rendue à La Haye pour défendre les généraux devant la plus haute cour de l’ONU.
Des mois plus tard, ils l’ont destituée par un coup d’État.
Le pays a reconnu que certains soldats pourraient avoir utilisé une force « disproportionnée » lors de la répression de 2017, mais insiste sur le fait qu’ils feront l’objet d’une enquête et de poursuites par le système de justice pénale du Myanmar.

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